10. Januar 1924: Aufzeichnung von Ernest Weyl über eine Unterredung mit Adenauer in Berlin

M. Adenauer commence par dire qu'à son avis une entente avec la France est possible et paraît même probable malgré les fautes commises de part et d'autre. Du côté allemand on n'a pas assez affirmé la volonté de payer les réparations, volonté dont le réalisation est certainement désirée vivement par n'importe quel Allemand. Du côté français on a trop laissé croire qu'on poursuivait la ruine de l'Allemagne, notamment en tolérant ou soutenant toutes les manifestations séparatives (cas du Général Mangin). Comment l'Allemagne entend-elle s'acquitter des réparations? Non par l'envoi de morceaux d'or qu'elle ne possède pas et qui ne seraient pas d'un grand secours pour la France, mais par le seul moyen connu, la remise de matières premières et de produits fabriqués provenant de son sol ou de ses usines, à savoir le charbon, le Coke et les produits chimiques. Rien qu'en charbon la France devrait recevoir annuellement, en vertu des accords avec la MICUM, l'équivalent de 800-1000 millions de francs. Or ces contrats arrivent à expiration le 15 avril et il est certain qu'avant 4 à 8 semaines les mines ne seront plus en état de continuer leurs livraisons par manque de ressources financières, le Reich ne remboursant plus les sommes avancées par les mines. Si avant ce moment il n'intervient pas d'arrangement entre les deux pays le travail s'arrêtera successivement partout, un million d'ouvriers seront réduits au chômage, des troubles produiront [sic !] et la France reconnaîtra l'échec de la politique d'occupation en constatant que la Ruhr est devenue une source de grosses dépenses sans aucunes recettes. Elle aura en outre à faire face à des difficultés avec ses alliés; l'Angleterre probablement gouver­née alors par le parti ouvrier, cherchera à intervenir dans la Ruhr et l'Amé­rique insistera pour le remboursement de la dette, par priorité sur des dépenses retardant une reprise économique en Europe.

L'arrangement sera fait avec un Ministère dans lequel figurent des hommes aussi influents que Mr. Stresemann et aussi loyaux que Mr. Schacht, animés des meilleures intentions au sujet des réparations et persuadés que la paix du monde dépend des relations entre la France et l'Allemagne. Mais cet arrangement ne sera acceptable par ces Messieurs, comme il ne sera accepté par aucun Allemand digne de ce nom, que si la question du Rhin est réglée comme l'exige toute l'opinion publique allemande. Jamais ils n'admettront que la région du Rhin soit transformé en Etat détaché du Reich. La France, dans son intérêt bien compris, ne devrait pas l'admettre davantage car une Rhénanie détachée ne consentirait évidemment pas à payer une part quelcon­que des réparations mises à la charge de l'Allemagne et d'autre part celle-ci, privée de la Rhénanie, n'aurait plus qu'une capacité de paiement insuffisante. Une Rhénanie indépendante serait d'ailleurs trop faible pour jouer le rôle d'Etat-tampon et tomberait vite dans la sphère d'influence de l'un ou de l'autre de ses grands voisins: elle jouerait dans tous les cas le rôle que l'Alsace a joué pendant cinquante ans et deviendrait continuellement la cause de guerres futures.

Au contraire la Rhénanie largement tracée représentera un élément impor­tant et pondérateur du Reich avec une population de 15 millions d'habitants elle aurait une influence considérable à la seule condition de jouir exacte­ment des mêmes droits que les autres Etats et des actions puisqu'on cas de guerre elle serait exposée à être envahie de la première heure. Ce pouvoir modérateur pourrait encore être renforcé par la création d'une communauté d'intérêts entre les deux pays. Celle-ci possède de gros établissements métallurgiques et miniers dans le voisinage de la frontière commune: Un échange d'actions entre les sociétés françaises et allemandes serait un lien susceptible de devenir vite très fort. Cette considération a une grande impor­tance aux yeux de Mr. A. Il reconnaît en effet que la France ne peut pas oublier qu'elle a été envahie trois fois dans un siècle (en 1814, en 1870 et en 1914) et que par suite la question de la sécurité est aussi importante que la question des réparations. Or ce ne sont pas des traités qui donneront à la France des apaisements suffisants tandis qu'au contraire un traitement mo­déré (arrêté?) par l'Allemagne, des relations de bon voisinage établies entre la France et l'Allemagne enfin la création de puissants intérêts économiques communs constitueront la meilleure base d'une paix durable.

Pour réaliser l'arrangement il faudrait éviter de commencer par des négocia­tions officielles entre représentants dûment qualifiés des deux Etats mais autoriser d'abord quelques personnalités privées à rechercher directement les conditions d'un accord et à suggérer ensuite ces conditions à leurs Gouverne­ments respectifs. Ceux-ci, après les avoir reconnues plus ou moins acceptables, chargeraient des délégués officiels d'arrêter sur les principes les termes d'un accord définitif. Il semble à M. A. que les personnalités officieuses les plus aptes seraient du côté allemand MM. Stinnes et Voegler. Répondant à une suggestion M. A. déclare que si on le lui de­mande et bien qu'il soit incompétent en matière économique, il ne refusera pas de faire parti des négociations mais seulement à titre de conciliateur. A ce propos il insiste sur le rôle important que pourrait jouer M. Stinnes qui n'est pas l'homme que l'on dépeint généralement, uniquement préoccupé de la recherche de ses intérêts personnels mais au contraire un grand travail­leur de goûts modestes, s'attachant passionément à l'étude des grandes questions ou à la création de grandes affaires pour le seul plaisir de jouer un rôle mondial. Or il s'est livré depuis longtemps à l'étude du règlement des réparations.

Quelle: Aufzeichnung o.D. HAStK 2/25 3/4. Durchschrift. Abgedruckt in: Erdmann, Karl Dietrich: Adenauer in der Rheinlandpolitik nach dem Ersten Weltkrieg. Stuttgart 1966, S. 359-361.