31. Oktober 1923: Interview Adenauers mit "Le Peuple"

Questions et réponses.

Je demande à M. Adenauer quelle est son opinion sur la question du sépara­tisme rhénan.

- Voilà, me fait-il observer, une question trop générale.

- Précisons. Êtes-vous pour ou contre le séparatisme des Dorten, des Smeets, etc.

- Je m'y oppose absolument.

- Mais êtes-vous également opposé à toute politique qui séparerait complète­ment la Rhénanie et le reste de l'Allemagne?

- Avant de vous répondre, laissez-moi vous poser à mon tour une question. Pour les Belges et les Français souhaitent-ils cette séparation?

- Ceux qui la souhaitent chez nous estiment qu'un Etat-tampon, placé entre l'Allemagne et la Belgique, augmenterait notre sécurité.

- Eh bien, ce n'est pas un Etat rhénan qui pourrait à lui seul garantir la paix. Cet Etat serait neutre. A quoi bon la neutralité de la Belgique avant l'année 1914? Pour que la paix soit possible entre la France et la Belgique d'une part, et l'Allemagne d'autre part, il faut arriver à créer une communauté d'intérêts entre ces pays. Il serait impossible, au surplus, que la Rhénanie vive indépendante entre des voisins rivaux et puissants. Une république rhénane suppose une Allemagne, une France et une Belgique unies.

- On parle beaucoup, ces jours-ci, dans la presse française et belge, d'un mouvement autonomiste, dont vous seriez le chef.

- C'était en 1919 que la question de l'autonomie rhénan, dans le cadre du Reich, a été soulevée. Nous partions de deux points de vue: ier: La déchéance de la maison impériale avait crée en Prusse et en Allemagne une situation nouvelle, dans la suite de laquelle une réorganisation du Reich semblait digne d'une considération.

2e: La minute du Traité de Paix laissait connaître clairement qu'il devrait être la source des plus grandes difficultés et délibérations. On croyait que ses conditions impossibles étaient nées de la tendance de la France de se protéger contre la Prusse. On supposait qu'il serait possible d'atteindre des mitigations du Traité de Paix en faisant des avances à cette mentalité de la France par le moyen que l'on créerait un Etat faisant partie d'une Confédération, dans le cadre du Reich, aux dépenses de la Prusse. Cette éventualité s'évanouissait avec la signature du Traité de Paix. En même temps toute l'idée fut saisie par certaines personnalités qui ne jouissent pas de l'estime dans la Rhénanie et en Allemagne. C'est pour cela que l'on a décidé que tant que durerait l'occupation et que le Traité de Paix ne serait modifié, tous les partis poli­tiques laisseraient ce problème en suspens.

- Une dernière question. Dans le «Temps» d'aujourd'hui, on annonce que vous êtes à la tête d'un conseil économique qui vient de se créer à Cologne. On ajoute que ce conseil aurait reçu de Berlin la mission de préparer la proclamation d'une Rhénanie autonome, toujours dans le cadre du Reich.

- Il est exact que ce conseil s'est constitué il y a déjà quelque temps. Son autorité s'étend non seulement à la Rhénanie mais même à la Westphalie. Seulement ce conseil n'est pas né à Berlin, ni approuvé par Berlin. Quant à l'intention qu'on prête d'ouvrir la voie à une République, il y a là beaucoup de fantaisie.

- L'entretien a pris fin sur ces mots.

Quelle: HAStK2/2,53/4. Durchschrift. Handschriftl. Vermerk: Corrigiertes Exemplar. Abgedruckt in: Erdmann, Karl Dietrich: Adenauer in der Rheinlandpolitik nach dem Ersten Weltkrieg. Stuttgart 1966, S. 303f.